“Madeleine, qu’est-ce que tu lis ces jours-ci? Développement personnel, lecture sur la santé, l’alimentation, l’astrologie?”
J’ai bien peur que non… J’ai laissé l’utile pour l’agréable. Je lis pour mon coeur ces derniers temps. Je laisse la poussière tomber doucement sur mes piles de livres de développement personnel, de santé holistique. Et je fais une place toute spéciale, sur ma table de chevet, à des romans qui me font rire, qui me font pleurer et qui, je l’avoue, stimule mon imaginaire érotique. Une p’tite dose de chaleur qui ne se refuse pas.
Un ami me faisait le commentaire que “je choisissais bien mes auteurs pour combattre ma ménopause”. Parce que oui, j’y suis presque. En périménopause, dans cet espace incertain entre deux états – féconde et … Je cherche le mot pour décrire l’autre côté du spectre hormonal féminin. Si la société veut nous faire croire que c’est éteinte, sèche, folle, bi-polaire, vieille et ridée, je vais m’y objecter. Je préfère définir autrement cette étape de la vie. Parce que, oui, c’est la vie, et c’est même un privilège que d’y arriver, que de pouvoir vivre cette transition.
Si on retrouve le mot pause dans le terme, c’est que ce n’est pas un combat, mais peut-être une pause de tout le chaos qui a précédé. Est-ce qu’on manque de tolérance, qu’on a la mèche courte durant cette période? Devant la bullshit, clairement. Et tant mieux. Parce qu’on a eu notre lot, et on a maintenant la sagesse de le voir et de comprendre que ça ne vous va pas comme un gant, que de la porter sur nos épaules n’a plus sa place.
La ménopause, c’est un nouvel élan. Celui d’une créativité nouvelle, libre de la création physique d’un petit être. Notre énergie peut se concentrer sur l’art, sur les idées, la conception de projets au-delà de la famille. Le corps est libéré du poids de la création pour lequel il est conçu. Et sachez que je le reconnais comme étant le plus beau cadeau, la plus belle responsabilité qu’on nous ait confiée que celle de concevoir, de mettre au monde et de materner. Mais ce n’est pas tout. Notre rôle ne s’arrête pas là. C’est peut-être pourquoi l’espace de la périménopause est si déconcertant d’ailleurs. Qui est-on quand les enfants quittent le nid? La transition est chaotique, inconfortable, mais nécessaire. Comme l’adolescence. Elle y est pour forger la femme de demain.
Et si on voyait les choses différemment? Et si on envisageait l’arrêt des règles comme une libération de la vigilance mensuelle, du tracas de tous les maux qui peuvent venir avec les saignements?
Et si on embrassait cet espace qui s’ouvre pour assumer la femme que l’on est devenue, celle qui a vécu, qui sait, qui reconnaît, qui est riche d’expérience humaine, de sagesse? Celle qui connaît son corps et ce dont il a besoin pour être bien, qui sait ce qui lui plait et qui peut donc, finalement, se libérer des contraintes. Celle qui peut vivre une sexualité épanouie.
Notre société nous invite, nous incite même, à lutter. On nous convainc qu’on vivra l’enfer et que celui-ci se définit par des symptômes allant du changement inévitable de draps au milieu de la nuit au délire incontrôlable de la Germaine intolérante qu’on est devenue. Une Germaine ridée, fragile, à la musculature et la libido inexistantes. Un raisin sec. Indésirable.
Si on vit avec des symptômes désagréables comme les bouffées de chaleur, comme des sautes d’humeur, c’est peut-être aussi à cause de cette belle société qui nous a poussées à prendre le rôle de l’homme en plus du nôtre dans la maisonnée, à courir comme une poule pas de tête entre le travail, les enfants, la maison. À se convaincre qu’on doit être sur le droit chemin puisqu’on est fatiguées, les surrénales à plat, qu’on s’oublie pour les autres. Normal. C’est ce qu’il faut faire, non? C’est ce qui a de la valeur. Courir. Ne pas s’arrêter. Ne pas penser. Parce que si on le faisait, vous savez ce qui arriverait à notre belle société? Elle s’écroulerait. Babylone.
À la ménopause, on retrouve du temps pour soi. La femme que l’on est peut être disponible mentalement, énergétiquement, pour s’informer sur ce qui lui ferait du bien et y faire de la place dans son quotidien, pour prendre conscience de qui elle est devenue, qu’elle est toujours femme et que celle-ci peut créer tout ce dont elle a toujours rêvé. Parce qu’elle a l’espace pour le faire. Elle peut prendre soin d’elle, finalement, pour créer de la magie.
Elle peut peindre, écrire, danser, jardiner, coudre, tricoter, cuisiner, voyager, prendre un bain aux chandelles, lire, rire entre amies, créer des projets audacieux. Et ça peut se faire sans botox, sans hormones de remplacement, parce que son corps ne sert pas juste à plaire pour être fécondée. Il n’est plus là pour l’autre, mais pour elle.
Mais, comme en plein accouchement, il faut premièrement – périmièrement – accepter de mettre fin à la lutte qu’on nous a appris à mener. Faut être prête à embrasser le chaos. On l’a déjà fait, on peut encore le faire. Notre muscle de résilience est bien entraîné.
Le temps du combat est terminé, mesdames. Celui de se faire l’amour, doucement, tendrement, respectueusement est finalement arrivé.
C’est le temps d’assumer notre beauté, d’aimer nos pattes d’oie qui font sourire nos yeux, de célébrer notre grandeur et notre valeur.
Et c’est le temps de lire des romans qui nous réchauffent l’âme, le cœur et aussi le corps.
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